A la Une — L’île Maurice face à une indignation mondiale pour l’exploitation de singes menacés d’extinction
- J Talbot
- Oct 22, 2025
- 3 min read
L'AfA, une coalition représentant plus de 200 ONG internationales dénonce les violations de la CITES par Maurice
L’île Maurice est au cœur d’une tempête internationale après la révélation de pratiques persistantes de capture et d’exportation de macaques à longue queue (Macaca fascicularis) destinés à l’industrie mondiale de la recherche et des tests biomédicaux.
Ces pratiques se poursuivent malgré le classement de l’espèce comme “En danger” sur la Liste rouge de l’UICN et sa réglementation stricte par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction).

Lettre ouverte au gouvernement mauricien
Dans une lettre ouverte adressée au Dr Arvin Boolell, ministre de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, la coalition Asia for Animals (AfA) — représentant plus de 200 ONG internationales de conservation et de bien-être animal — exhorte Maurice à :
Mettre fin à toute capture et exportation de macaques sauvages,
Et adopter des stratégies humaines et scientifiques pour gérer les conflits entre singes et humains.
Copie de la lettre a également été transmise à Kevin Ruhomaun, directeur du National Parks and Conservation Service (NPCS), ainsi qu’à l’Autorité CITES du pays.
Violations présumées de la CITES et manquements graves
La coalition AfA dénonce une violation flagrante des obligations de la CITES, soulignant que Maurice n’a pas réalisé les “Non-Detriment Findings” (NDFs) — évaluations essentielles garantissant que le commerce d’une espèce ne nuit pas à sa survie.
« Le dernier recensement complet de la population de macaques remonte à plus de 40 ans », souligne la lettre.« Pourtant, entre 2015 et 2023, plus de 103 000 macaques ont été exportés, principalement vers les États-Unis et l’Europe. »
Selon les données officielles de la CITES, de nombreux singes exportés provenaient de captures sauvages, contredisant les affirmations du gouvernement mauricien selon lesquelles ils proviendraient uniquement d’élevages.
Espèce menacée mais exploitée
Autrefois abondant à travers l’Asie, le macaque à longue queue subit un effondrement démographique dramatique en raison de la déforestation, des captures et du commerce international.
Inscrit à l’Annexe II de la CITES depuis 1977
Reclassé “En danger” par l’UICN en 2022
Le commerce biomédical identifié comme moteur majeur du déclin
Maurice est désormais l’un des premiers fournisseurs mondiaux de macaques pour la recherche, un marché estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars par an, alimentant notamment Charles River Laboratories et Envigo.
Selon AfA, cette activité menace la biodiversité et ternit la réputation internationale de Maurice.
Un courriel officiel alimente la controverse
Un courriel daté de 2025 aurait révélé que Kevin Ruhomaun (NPCS) estimait qu’aucun NDF n’était nécessaire, considérant les singes comme une « espèce exotique envahissante ».
Mais l’Unité juridique de la CITES a confirmé que les NDFs sont obligatoires pour toutes les espèces inscrites, même introduites.AfA accuse donc Maurice de non-conformité persistante avec le droit international.
Risques sanitaires et questions éthiques
La coalition avertit que la capture et le transport de macaques sauvages présentent un risque majeur de zoonoses(tuberculose, virus émergents) et causent une souffrance extrême aux animaux.
« La souffrance infligée par l’arrachage des singes à leurs familles est immense », rappelle la coalition.« Des institutions comme l’Union européenne et la Société internationale de primatologie ont déjà condamné ces pratiques. »
Un appel international à la réforme
Signée par plus de 200 organisations, dont World Animal Protection, Born Free Foundation, Animals Asia, Action for Primates et le Jane Goodall Institute, la lettre demande à Maurice de :
✅ Interdire la capture et l’exportation de macaques sauvages ✅ Respecter pleinement la CITES ✅ Mettre en œuvre des stratégies humaines de gestion des conflits ✅ Collaborer avec des experts internationaux pour des solutions durables
« Maurice peut devenir un modèle de conservation éthique — mais seulement si elle met fin à sa complicité dans le commerce mondial des singes », a déclaré Lauren Arnaud James de l’AfA.
Un tournant décisif pour Maurice
Cette prise de position intervient alors que la filière mauricienne de l’expérimentation sur les primates attire une critique mondiale grandissante.Des entreprises telles que Charles River Laboratories et Clinglobal opèrent sur le territoire, dans le cadre d’une politique visant à transformer Maurice en « hub de recherche biomédicale ».
Les défenseurs des animaux alertent : cette stratégie associe Maurice à des pratiques obsolètes, contraires à l’éthique et scientifiquement contestées.
Avec plus de 100 000 macaques exportés en moins de dix ans, le monde observe désormais si Maurice choisira la protection ou le profit.

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